BALLAKÉ SISSOKO & VINCENT SEGAL – CHAMBER MUSIC
Pour tout musicien, le jeu en duo représente une expérience résolument à part. Parce qu’il poursuit l’idéal d’un tête-à-tête dont les protagonistes fondraient leurs voix dans le creuset d’une pensée commune, il met plus que jamais le partage à l’origine même du geste instrumental. Il n’exige pas seulement une très haute qualité de parole, mais aussi une exceptionnelle qualité d’écoute. En duo, c’est aussi et surtout avec les oreilles – le premier véritable instrument du musicien – que tout se joue.
Cet art de la conversation basé sur l’entente et l’attention à l’autre, le joueur de kora Ballaké Sissoko et le violoncelliste Vincent Segal le poussent à son plus haut degré de justesse dans Chamber Music. Cet album n’aurait pu être que le témoignage d’une brève rencontre placée sous le signe du métissage des cultures. C’est heureusement bien plus que ça. Jadis pensionnaires du même label (Label Bleu), les deux hommes ont d’abord pris le temps de tisser d’étroits liens d’amitié. L’idée de travailler sur un album commun a germé il y a quelques années dans l’esprit de Ballaké Sissoko qui, au festival de jazz d’Amiens, venait d’assister à un concert de Vincent Segal au sein de Bumcello, son duo explosif avec Cyril Atef. Mais pour l’un comme pour l’autre, il n’était pas question de précipiter les choses. "C’était important d’apprendre à se connaître musicalement, précise le musicien malien. Pendant pas mal de temps, on s’est retrouvé chez Vincent à chaque fois que j’étais à Paris, on a aussi donné quelques concerts. On a construit notre complicité petit à petit. Aujourd’hui, quand on joue, on se comprend sans même se parler : un simple regard suffit. On a le cœur ensemble."
Ce qu’on entend dansChamber Musicest rare et précieux : deux sensibiltés à l’unisson, sur la même longueur d’onde, créent une musique qui, littéralement, coule de source.
















