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Biographie Bojan Z

Né à Belgrade dans une famille mélomane, élevé à l’étude des classiques Ravel, Debussy et compagnie, Bojan Zulfikarpasic n’a eu de cesse de labourer le terreau d’un matériau, la musique, dont il malaxe les multiples racines pour en modeler de curieuses boutures hybrides. Comme avec cet « Humus », “ le disque le plus rock que j’ai pu renregistrer ” au titre des plus explicites. « Je suis devenu un paysan en déménageant en grande banlieue parisienne. J’ai bougé vers la country side. D’où humus, qui renvoie à la notion de terre fertile. C’est l’idée d’un type qui songe à une musique urbaine dans un environnement rural. Quelque chose de très paradoxal. » Approches multiples, vision singulière, c’est ainsi que depuis vingt ans, Bojan Z est devenu une référence du jazz « made in France », mais attention ce trublion du piano bien tempéré n’en a pas cessé d’ouvrir large la focale des grilles du jazz, le faisant raisonner du côté des savantes traditions populaires de son terroir natal. « Quartet », « Yopla », « Koreni », « Solobsession », « Transpacifik »... Toute sa discographie plaide pour une musique ouverte à l’autre. A commencer par son récent « Xenophonia », un disque étrange, avec des zébrures saturées d’électricité et des coups de blues plus marécageux, qui l’éloignait encore un peu plus de l’orthodoxie jazz pour le rapprocher de l’essence du jazz.

Il en va de même pour ce nouvel album, qui rappelle à ceux qui l’auraient un peu vite oublié qu’à son arrivée à Paris, le pianiste bosniaque se fit remarquer par son penchant pour les claviers électriques, s’illustrant au sein de Trash Corporation, groupe éphémère de nouveaux monstres du jazz pour la plupart promis à des lendemains qui swinguent velu, du genre border line. En 2009, il y a encore des traces de cette expérience au goût d’inachevé : une recherche collective du son plus qu’un jeu bien policé... « Pour « Humus », j’ai utilisé la méthode testée lors de « Xenophonia ». C’est-à-dire s’offrir le luxe de faire tourner les bandes. J’aime bien pouvoir obtenir la fraîcheur d’une balance, sans but précis, mais avec la décontraction et l’envie du son. Arriver à capter ce moment magique où les musiciens se lâchent, sans pression. » Tout a commencé en 2004, avant même « Xenophonia ». « J’ai entendu au festival de Bath le batteur écossais Sebastian Rochford, pilier du groupe punk instrumental Acoustic Ladyland. Du genre bien tight, avec tous les beats UK, joués tout droits. Je suis tombé à l’envers ! » Du coup, Bojan Z veut développer une collaboration qui puisse le remettre en question. « Ça faisait longtemps que ce type de palette sonore que j’aime depuis tout jeune me trottait dans la tête. J’adore ce son, mais quoi et comment faire avec mon petit piano ? » Il va pouvoir y apporter des éléments de réponse en posant son doigté sur le Rhodes lors de l’édition 2007 du festival de Jazz de La Villette. Dans le cadre de la programmation dédiée à Julien Lourau - le saxophoniste avec lequel il développe une profonde amitié et un fécond dialogue depuis vingt ans -, il se voit proposer une carte blanche. « J’en ai profité pour inviter Sebastian qui, au-delà du punk, peut jouer aussi bien jazz. » Tout comme il va « brancher » Josh Roseman, tromboniste émérite de la scène downtown reconnu pour son désir de transgresser les codes bien établis. Et c’est un vieux trash complice, Christophe « Disco » Minck, qui complète ce tout nouveau quartet avec sa basse électrique. « Cet instrument symbolisait à lui seul le changement esthétique opéré. » Le quartet joue ainsi dans la foulée en Belgique. « Dès lors, l’idée d’en faire un disque s’est imposée. » Elle va se réaliser au printemps suivant, en 2008.

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A l’occasion d’une tournée européenne, Bojan Z prend les mêmes ou presque, puisqu’entre-temps Ruth Goller, bassiste italo-londonienne, a remplacé monsieur « Disco ». «  Sebastian me l’a suggérée. Elle venait d’intégrer Acoustic Ladyland. Avec Ruth, il y a moins de fioritures, il s’agit plus d’un pilier sur lesquels les autres peuvent tourner. » C’est ainsi qu’à l’orée du mois d’avril, il s’embarque dans l’aventure, s’enfermant trois jours dans le studio de Meudon sous l’oreille avisée de l’ingénieur du son Philippe Teissier du Cros. Le mot d’ordre : creuser le sillon du son. Voilà ce dont parle la thématique de ce disque, une espèce de jazz funk punk, qui alterne subtilités mélodiques et rythmiques trépidantes, harmoniques non académiques et un zeste d’échos balkaniques.

Aux commandes, Bojan Z varie les plaisirs : Fender Rhodes basique et Steinway classique, Fazioli et Xénophone, le drôle d’instrument qu’il s’est fabriqué à partir de plusieurs claviers électriques, y ajoutant une carte électronique. Au programme, neuf thèmes puissamment enracinés dans un groove des plus tellurique, mais avec ce qu’il faut d’accalmies oniriques. Nul doute que cet « Humus » est encore l’occasion de clarifier les intentions d’un leader plus que jamais en prise directe, dans le vif du sujet, en position de recherche. « Jazz, pas jazz, je ne sais pas. Il y a beaucoup d’improvisations, notre approche est résolument ouverte à l’imprévu. » Demandez donc à ceux qui ont ouï la nouvelle bande du prolixe pianiste le 25 avril dernier à la salle Pleyel. Ce soir-là, le sanctuaire « classique » fit une standing ovation à ce récital qui offrait en partage l’idée la plus juste, la moins convenue, la mieux ouverte, de ce qu’est l’urgence du jazz actuel.


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