Enregistré à Grenoble, au cœur de l’hiver alpin, le troisième album d’H-Burns emprunte avec une habileté assumée les chemins impétueux du rock indé. Au cours des onze chansons qui composent We Go Way Back, on est subitement happé par ce périple passionné, par ce retour électrisant au cœur des nineties et de cette teenage riot qu’on a au plus profond de notre être. Quarante minutes d’une quête adolescente, à la maturité pourtant évidente. On est ici dans le basculement irrémédiable du choix passionnel, au cœur de l’urgence viscérale du changement soudain. L’inertie maladive du monde adulte, on veut y mettre fin. Le brûler. Remuer ce tas de cendres de toute notre force. Et tant pis si on se crame. On aura vécu.
Après la réussite de ses deux précédents opus, H-Burns décide ainsi d’explorer de nouveaux horizons, tout en restant fidèle à son univers si caractéristique. Une prise de risques ambitieuse qui fonctionne parfaitement. A la croisée des chemins de Pavement et de Smog, le disque bénéficie de la patte avisée de Jp Maillard à la production. Un travail soigneusement ficelé, qui laisse également la place à un artisanat lo-fi, à la Sebadoh. Des nuits esseulées à la vacuité languissante d’une chambre d’hôtel, du film incertain de l’existence à l’aurore redoutée du renouveau, We Go Way Back nous emmène aux frontières insaisissables du paradoxe des sentiments amoureux. La justesse du chant de Renaud, la guitare d’Antoine et la batterie concise de Stéphane de Thousand and Bramier permettent à la fois l’énergie spontanée de Fires In Empty Buldings, le riff accrocheur de Melting Point et l’atmosphérique Lonely Nights On Queen St., où Tony Dekker des Great Lake Swimmers vient poser sa voix d’outre-Atlantique, tel un pont entre Toronto, New-York et Grenoble. Jonathan Morali des Syd Matters vient compléter le tableau, en distillant au gré de l’album ses petites touches de piano, d’orgue hammond et de scie musicale. Le songwriting de Renaud, dans l’urgence, prolonge cette prise de risque musicale, véritable miroir de la prise de risque adolescente, lorsqu’au temps de l’innocence succède celui du vertige et du saut dans l’inconnu. Une tension haletante. Eprouvante. La guerre. Les nerfs. A la tiédeur du quotidien, aux fâcheuses habitudes, H-Burns oppose la révolte engrangée par la matrice fusionnelle.
Célébration d’un retour violenté, We Go Way Back marque de son empreinte une nostalgie sur le fil du rasoir, tout en se retrouvant être la pierre angulaire du déséquilibre fusionnel entre le dessein masculin et le rêve féminin. Tel un Holden Caulfield grenoblois des années 2000, nous voilà projetés dans ce plateau de tournage, dans ce théâtre des opérations. Au cours de cette odyssée erratique, deux protagonistes s’entrecroisent et s’entrechoquent, à l’orée d’un passé re-composé et d’un futur antérieur à leurs espérances. Ne pas se contenter de vivre. Ne pas sombrer peu à peu dans l’oubli du chemin routinier. « It’s better to burn out than to fade away » chantait Neil Young en 1979, année de la naissance de Renaud. Quinze ans plus tard, Eddie Vedder clamait dans Vitalogy que tout ce qui était sacré venait de la jeunesse. En 2009, H-Burns reprend fièrement le flambeau de la rage adolescente, celle de la passion éprouvée, celle de la sincérité proclamée, celle, enfin, de la mélancolie électrique.
Brice Tollemer
















