Pour s’essayer au rock, Neal Casal le solitaire a décidé de monter un groupe. Cela ne gâche pas le talent
Il y a des règles, même dans le rock. D’ordinaire, le gratteur de guitare lambda fonde un groupe qu’il s’échine, de disques en concerts, à faire connaître. Après s’être cassé la voix à hurler, copieusement abîmé lors de tournées arrosées et, pour finir, disputé à mort avec ses frères d’hier, il jette l’éponge et tente une carrière solo. Neal Casal, lui, a pris les choses à rebours. Pendant des années, il a galéré pour imposer sa patte de trouvère solitaire et romantique. Et, au moment où le songwriter, célébré jusqu’en France, commence à recueillir les fruits de son obstination, le voilà qui choisit, à 34 ans, de se lancer dans l’aventure d’un groupe.
Changement de formation, changement de ton. Casal jouait un folk délicieux, fait de chansons rêveuses ; Hazy Malaze, le trio qu’il vient de créer et dont le nom signifie approximativement « brouillard nauséeux », donne dans un rock furibard fortement mâtiné de rhythm’n’blues. Un drôle de tête-à-queue. « J’ai toujours tout fait à l’envers, confesse-t-il. Dans le New Jersey, où j’ai grandi, je traînais avec un garage band [formation amateur jouant dans un garage]. Mais les gars n’étaient pas sérieux, ils voulaient juste être célèbres. Frustré, je me suis retrouvé seul avec ma guitare. Et, maintenant, je retourne à la création collective. Allez comprendre ! »
Un bel hommage au funk
Hazy Malaze est né d’un concours de circonstances. L’été dernier, Neal accompagne la tournée américaine de Shannon McNally, une petite Sheryl Crow connue seulement de ses compatriotes. Deux autres musiciens forment, avec lui, le trio de scène : Jeff Hill, bassiste de Rufus Wainwright, et le batteur Dan Fadel. Pendant ces huit longs mois de route, les trois garçons tuent l’ennui des motels de l’arrière-pays et des longs trajets en car en parlant musique. Et découvrent qu’ils sont cinglés des mêmes disques, des raretés ou des faces B sorties des bacs des années 1970. Pendant les répétitions, ils plaquent des accords, s’amusent. Et jouent un rock franc du collier. La sauce prend vite.
La tournée achevée, ils passent à l’acte et en studio. « Nous avons quand même un peu hésité. Par peur de tuer le plaisir et de nous prendre au sérieux. » Pour l’essentiel, ils improvisent, jettent d’abord leurs envies sur les instruments, peaufinent ensuite. L’affaire est pliée en moins de deux semaines. Les dix titres de leur album, Hazy Malaze (Fargo/Night & Day), ne se contentent pas de balancer un déluge de kilowatts, ils sont aussi un bel hommage au funk. « Une rythmique circulaire, sensuelle et sexuelle. Totalement jubilatoire. »











