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Biographie Katerine

KATERINE

Nouvel album - “Robots après tout”, sortie le 10 octobre 2005 (Rosebud/Barclay/Universal)

Philippe Katerine est né le 8 décembre de 1968, en Vendée, a voulu être prêtre entre huit et treize ans, “j’aurais été sacrément défroqué”, puis basketteur, a fait des études d’art plastique jusqu’à dix-neuf, a évité l’armée dans la foulée, réfugié projectionniste dans un cinéma rural itinérant, avant d’enregistrer Les Mariages Chinois, en 1992. Vingt-trois ans. Sur un 8 pistes à bande, “sans grammaire, sans vocabulaire, juste avec un instinct de survie”. Un premier disque poli où Katerine évoque, en deux minutes et avec nonchalance, ses amours timides et Jeannie Longo, hymne récurrent de chaque été pédalé. “Ce n’est pas la peine de prendre chaud / sous ton maillot / comme, comme, comme Jeannie Longo, Jeannie Lon-go / Qui n’étonne que les sots / qu’aiment bien le vélo / so-ots” . S’en suit une ribambelle d’emplois solidarité trimestriels : à la radio de Chantonnay (85110), à celle de Pouzauges (85700), à la chaîne chez Citroën atelier décoration de pare-brise avec des autocollants Total ou encore à l’abattoir de Saint-Fulgent (85250). “Cela me fascinait de mettre des poulets sous cellophane, d’où la chanson sur le poulet dans mon disque Les Créatures (1999).”

1994, L’Education Anglaise. Philippe Katerine, devenu prof de gym dans un lycée agricole, “un défilé de jeunes garçons complètement formés qui sautaient par-dessus des haies, c’était une forme de poésie assez délicieuse”, se cache derrière sa sœur Bruno et sa compagne Anne pour son deuxième recueil de comptines faussement naïves. “Je découvrais que je pouvais dire des choses à travers la bouche d’une fille, pas forcément des cochoncetés, mais des choses un peu ambiguës.” Sur des accords de bossa-nova, Katerine miniaturise Paris, ses histoires d’amour et de badminton.

Désormais, Philippe peut vivre de la musique, et enregistre Mes Mauvaises Fréquentations en 1996. “Je découvrais les tournées, ces moments où l’on fait un peu n’importe quoi…”. Katerine reprend le chant, avec son éternelle désinvolture, pour lever un coin du voile : dans la chanson Les Vacances à l’Hôpital, par exemple, il évoque l’opération du cœur qu’il a subie à huit ans.

L’année suivante (1997), il compose pour les sœurs Winchester, deux femmes aux yeux revolvers rencontrées après un concert à Londres. Premiers pas de maître (en)chanteur. Plus tard, Anna Karina et Helena Noguerra chanteront également sur ses compositions et sous sa direction.

1999, enfin la consécration : avec Je vous emmerde, single en rotation sur les radios, Katerine passe même chez Ardisson. Le titre est extrait de son quatrième disque, Les Créatures et l’Homme à trois mains est un double album à la pochette révélatrice : à poil total, quatre pistes, guitare acoustique, et introspection d’un côté (l’Homme à trois mains), mondain barré, p(r)ose maniérée, accompagnement arty des Recyclers, reconstruction, de l’autre (Les Créatures).

En 2000, Philippe joue l’acteur et son propre rôle dans un moyen-métrage de Thierry Jousse, Nom de code : Sacha, où il rencontre Margot Abascal, dans l’habit d’une strip-teaseuse de Pigalle. Premiers pas réussis et enthousiastes dans l’univers du cinéma : “Le matin en allant sur le tournage, je faisais des claquettes dans la rue, j’avais quelque chose de Gene Kelly.” En 2002, il fait une apparition dans La Vérité sur Charlie (de Jonathan Demme) et sort à l’automne un grand disque de rêveries surréalistes, 8e ciel. Katerine s’affirme, tutoie (auparavant, il employait un “vous” maniéré), joue la comédie (sont-ce ses expériences d’acteur qui le poussent à confier deux de ses chansons au général Fifrelin et la jeune Boulette ?) et, comme souvent, énumère, dresse des listes, obsession présente sur ses autres disques et plus particulièrement sur Les Créatures et l’Homme à trois mains. “Sur 8e ciel, néanmoins, j’ai l’impression d’avoir quitté la réalité, je cite moins de prix, de lieux, je suis plus dans le rêve.” Avec ce disque, Katerine s’affirme comme le maître incontesté de la chanson surréaliste, loin de l’univers poète-pouet dans lequel certains l’avaient bêtement confiné après le succès de Je vous emmerde. “La plupart du temps, il ne faut pas chercher d’explications sur ce que j’écris, on pourrait apparenter ça à de l’écriture automatique”, reconnaît-il à l’époque.

Robots après tout

2003, c’est cinéma ! Katerine signe d’abord la bande originale d’Un Homme, un vrai, des frères Larrieu, puis un court-métrage, 1 km à pied, premiers pas qui donneront naissance à Peau de Cochon, journal-intime à saynètes, tourné en mini-DV, qui éclaire les salles obscures en 2005. Injustement sous-diffusé, Peau de cochon est un chef d’œuvre d’autodérision, de poésie instantanée, unanimement encensé par la critique. Un premier long-métrage dont la forme (sa spontanéité, son immédiateté), annonce d’ores et déjà le premier “album concept” de Katerine. Avec son titre écho au Human after all des Daft Punk, Robots après tout marque une rupture dans sa discographie, quand bien même fut-elle négociée en douceur. D’une part, le titre 78-2008 sert de pont avec le disque précédent, 8e ciel : Katerine y est encore dans la rêverie. D’autre part, dès 2004, à l’occasion d’un hymne officieux du championnat d’Europe de football (travail de commande réalisé de main de maître pour fêter un numéro exceptionnel réunissant le magazine So Foot et Les Inrockuptibles), Philippe Katerine avait dévoilé ses intentions de “muscler” son jeu en travaillant avec Renaud Letang et Gonzales sur fond de beats électroniques. Et déjà, ça claquait.

Avec Robots after all, l’artiste a décidé d’en finir définitivement avec son image de chanteur sympa : sus à la bossa et aux songes de petit garçon. Ses chansons s’en ressentent : les machines veulent prendre le pouvoir, mais le chanteur entend bien leur tenir tête. Voilà le titre de l’album. Questionnement éminemment politique. Renforcé quand Katerine aborde le rapport dialectique entre l’individu et le collectif (Répétez après moi, ou Etres Humains). La partie se joue contre une chorale qu’il nomme lui-même “chorale des robots”. Katerine entre en résistance, le voilà de retour sur terre. Les titres sont en prise directe avec le réel, qu’il s’agisse d’évènements concrets (Le 20.04.2005 ou bien 11 septembre) ou d’énumérations d’objets ou de situations (Numéros, par exemple, où Katerine fait référence, notamment, au fait qu’il aime regarder les voitures passer, depuis un pont, en réflexion parfaite avec l’une des scènes d’anthologie de Peau de Cochon). Katerine décrit, date, situe (Borderline, Numéros, Le train de 19h, Le 20.04.2005, etc.), humanise alors que la musique robotise, il voit, touche, et danse même, c’est un album pour le corps, il faut en profiter, car l’homme parvient à garder le contrôle (Louxor, j’adore), Katerine dompte les machines…

S’il s’agit de l’album le plus festif (100% VIP ou Louxor, j’adore), Robots après tout est en profondeur beaucoup plus grave et noir que 8e ciel, corollaire d’un disque plus en prise avec son époque. Mais avec une légèreté quasi-primale (Patati, Patata, Excuse-moi, Au Louxor, j’adore) dont lui seul a le secret, Katerine démontre que l’on peut réussir un grand disque dépressif avec humour et autodérision. Assurément le meilleur disque de chanson électronique française de tous les temps. Au moins jusqu’en 2008.


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