Un œil dans le rétroviseur : naissance à Bukavu (actuelle RDC, République
démocratique du Congo). Le père de Lokua, l’un des premiers Zaïrois à commander
un bateau sur le grand fleuve Congo, est issu de l’ethnie Mongo, férue de
polyphonies. Sa mère, elle, est native des montagnes du Rwanda, pays réputé pour
le raffinement de sa musique de cour. L’un et l’autre le sensibilisent dès ses premiers
jours à la beauté des mélodies. Apprentissage du chant dans les églises, exploration
de la musique à la radio, la télévision, dans la rue, les clubs, les concerts : « À 13
ans, j’ai vu Miriam Makeba sur scène et c’est ce soir-là que j’ai décidé de devenir
chanteur. » Son ami Ray Lema lui offre sa première guitare, l’adolescent fait ses
premières apparitions publiques dans des orchestres de rumba zaïroise. Puis part se
perfectionner au conservatoire de Kinshasa où il se familiarise avec le solfège, la
composition, l’harmonie, l’orchestration et parfait sa connaissance instrumentale. Ses
professeurs le disent "brillant", "bosseur", "les oreilles grandes ouvertes" (du jazz à
Bach, du rhythm’n blues aux traditions du Continent Noir, des refrains de Bollywood
à la pop anglo-saxonne, de la variété française à la bossa-nova, tout le ravit et le
passionne), "constamment en quête"... En deux mots : "très doué". Outre les guitares
et mandolines (acoustiques et électriques, classiques, traditionnelles ou modernes),
Lokua manie en expert la sanza, le piano, les claviers, la basse, les percussions, la
flûte. Le jeune homme commence à creuser son sillon tout au long du golfe de
Guinée, du Zaïre à la Côte d’Ivoire (il réside deux ans à Abidjan), se révèle dans la
formation de la grande chanteuse zaïroise La Reine Abéti.
1984 : fin d’un monde. Lokua s’exile à Paris pour y suivre les cours du
guitariste de jazz Pierre Cullaz ( CIM). Rapidement, le multiinstrumentiste mêle sa
voix à celle(s) de la communauté musicale africaine, accompagne Ray Lema (il
apparaît sur son album « Bwana Zoulou Gang »), Papa Wemba, Sixun, Manu
Dibango... L’auteur et compositeur, lui, écrit en quantité pour les uns et les autres et
se bâtit peu à peu son propre répertoire. Il donne son premier grand concert parisien
en 1992, à l’Olympia, en "vedette américaine" d’Angélique Kidjo.
Lokua Kanza, premier opus personnel, est enregistré fin 1992 et publié un an
plus tard. Succès énorme. Début 1994, la presse se dit "fascinée", "sous le choc",
"envoûtée", "hallucinée", "revigorée", le barde est devenu star et se voit décerner à
Libreville (Gabon), le prix du « Meilleur album africain » aux Africar Music Awards.
Signé chez BMG, Lokua assure les avant-spectacles de Jean-Louis Aubert, Patrick
Bruel et Youssou N’Dour (il suit le chantre sénégalais en tournée à New York et joue
sur son CD « Wommat », réalisé à Dakar) dont, gageure peu commune, il séduit
instantanément les publics respectifs que tout semblerait opposer. Dans la foulée, il
coproduit avec Stephen Hague (Wet Wet Wet, New Order, Erasure, Jimmy
Sommerville), dans les studios britanniques de Peter Gabriel, à Bath, deux séances
de ses amis Papa Wemba (« Emotion », pour lequel il reçoit le prix du « Meilleur
arrangeur africain ») et Geoffrey Oryema (« Night and day »).
Essai transformé en 1995 avec Wapi Yo, deuxième fabuleuse réussite, album
gonflé à bloc de mélopées enchanteresses, trouvailles instrumentales et vocaux
sidérants, le tout nappé d’arrangements soyeux. Un réservoir de hits, au premier
rang desquels s’inscrivent Shadow dancer et Sallé, qui vaut à Lokua Kanza trois
nominations aux 11èmes Victoires de la musique. Suivront quantité de tournées
dans le monde entier, du Sénégal à l’Espagne, de l’Allemagne au Canada, du Brésil
à Los Angeles. Ponctuées de moments forts : la « Fête à Lokua », en juillet 1996,
aux Francofolies de la Rochelle, où notre ami croise le manche avec Catherine Lara,
Enzo Enzo, Papa Wemba et Youssou N’Dour ; le festival de Montreux, le même été ;
ou le Heineken Festival de Sao Paulo, en 1997, occasion unique de mêler sa voix à
celles de Djavan, Al Jarreau et Chico César… Sans oublier diverses autres
collaborations : invité sur l’album « Hors saison » de Francis Cabrel (1999), duo avec
la chanteuse israélienne Noa (« Noa Now », 2001) et composition d’un titre pour
Nana Mouskouri (« Fille du soleil », 2002).
Sur le plan discographique, cinq ans, cependant, s’écouleront avant que
l’artiste ne trouve en Universal Jazz France un partenaire susceptible de lui accorder
totale confiance, de le laisser gérer comme il l’entend sa propre musique et de
rééditer son troisième compact, 3, gravé en 1998 et quasiment passé sous silence
suite à de gros défauts de promotion et de distribution. En 2003 paraît Toyébi Té,
flamboyante aquarelle chantée sur le ton de la confidence et troisième grosse
performance commerciale de Lokua Kanza. Avant de retourner en studio début 2004
pour Plus vivant, le chanteur a de nouveau taillé la route, entre Europe et Afrique,
participé à l’aventure « This is our music » aux côtés de Salif Keita, Natalia M. King,
Akosh S., Mino Cinélu, Marcio Faraco, et cosigné sur No Format, subdivision
d’Universal Jazz, l’élégantissime Toto Bona Lokua en compagnie de Richard Bona
et Gérald Toto, trio qui a parcouru les scènes du Nord et du Sud tout au long de l’été.
Le chanteur (guitariste, compositeur, arrangeur, auteur et producteur) Lokua
Kanza, troubadour métis de père congolais et de mère rwandaise, installé en France
depuis vingt ans, revient au début de 2005 avec Plus vivant, sa cinquième
production personnelle - et sa deuxième collaboration avec Universal Music Jazz
France. L’œuvre aboutie d’un grand musicien qui se revendique comme citoyen du
monde, artiste sans frontières et créateur transcultures : « Je suis mon propre
instinct et celui-là m’a conduit aujourdh’ui à chanter en français. » Exclusivement
interprété dans la langue de Verlaine et Rimbaud, le nouvel opus de Lokua offre à la
notion de métissage une incarnation pure et incontestable, qui propose une fusion
parfaite (c’est-à-dire imperceptible) entre Nord et Sud et recrée à sa manière l’unicité
qui fut autrefois celle de nos ancêtres communs. Un disque superbement arrangé,
quinze titres interprétés avec un cœur énorme et élaborés en compagnie de valeurs
sures telles que les guitaristes Sylvain Luc et Pepe Fely Manuaku (l’un des grands
géniteurs et virtuoses de la rumba zaïroise), le bassiste Richard Bona et le batteur
Manu Katché, internationalement plus que reconnus, le percussionniste Sola
(compagnon de route de Jamiroquaï) et Corneille sur le titre éponyme, proprement
bouleversant.

















