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Biographie Manu Katché

C’est au milieu des années 80, en tant que batteur pop, que Katché s’est imposé la première fois aux yeux du public, son style flottant et minimaliste se trouvant plébiscité alors par des musiciens aussi prestigieux et divers que Peter Gabriel, Sting ou Joni Mitchell. En 1988, Manfred Eicher le découvrit dans un disque de Robbie Robertson paru sur le label Geffen, et comprit aussitôt que ses structures rythmiques et pulsations, tout à la fois modernes et tribales, pourraient aisément trouver à s’adapter dans des contextes de musique improvisée. Il se trouve que Katché avait déjà de son côté commencé à réfléchir en ce sens. Attentif aux disques ECM depuis son adolescence, alors qu’il étudiait la percussion au Conservatoire de Paris, amoureux notamment de ceux de Jan Garbarek, Keith Jarrett et John Abercrombie - Katché avait déjà en tête la façon d’adapter ses conceptions rythmiques à des ensembles de jazz, notamment dans la relation entre le son et le silence.

Invité à participer à Paris au concert célébrant le 20e anniversaire du label ECM, Katché sauta sur l’occasion en jouant à la Cigale au sein d’un trio exceptionnel en compagnie de Jan Garbarek et du violoniste indien Shankar (c’est dans ce lieu même que Katché reviendra jouer le 4 octobre à l’occasion du concert de lancement de « Neighbourhood »). Garbarek fut aussitôt très impressionné par le style de Katché qu’il compara à celui des grands musiciens de jazz des origines dont le but n’était pas d’exprimer leur ego en musique mais simplement de servir la musique : « Manu possède énormément de qualités. Il peut tout jouer mais l’essentiel de son jeu repose sur un grand sens de la structure. Il recherche quelle est la forme rythmique qui convient le mieux à la pièce de musique qu’il a à jouer et une fois qu’il l’a trouvée, il s’en contente, la faisant varier de façon minimaliste dans les dynamiques et l’attaque du son. Plutôt que de prendre la tangente pour s’exprimer en solo, il préfère maintenir le climat qu’il a créé. J’adore les vieux batteurs de jazz comme Jo Jones par exemple ou Gene Krupa, qui préfèrent s’en tenir à la pulsation plutôt que de chercher des formes de jeu plus ouvertes et expressives, ainsi que le font la plupart des batteurs de jazz contemporains. C’est quelque chose qui tend à disparaître cette rigueur, et ça me manquait. J’ai retrouvé cette qualité dans le jeu de Manu qui en plus possède une vraie élégance alliée à beaucoup de sophistication ainsi qu’une sensibilité poétique très poussée. »

Au début des années 90, Manu Katché rejoignit le groupe de Jan Garbarek à l’occasion de plusieurs tournées et participa dans la foulée à cinq de ses albums : « I Took Up The Runes », « Ragas and Sagas », « Twelve Moons », « Visible World » et en 2004 « In Praise of Dreams ».

Garbarek et Tomasz Stanko ont vu leurs chemins se croiser de nombreuses fois au cours de ces dernières décennies. C’est au début des années 70, que Stanko joua la première fois en compagnie du « Triptykon » trio de Jan, avant que les deux hommes ne se retrouvent quelques années plus tard à Helsinki au sein des divers ensembles d’Edward Vesala puis lors du festival de Francfort dans un groupe réunissant également Lester Bowie, Kenny Wheeler, John Abercrombie, Eddy Gomez et Jack DeJohnette. En 1981, le superbe disque de Gary Peacock « Voice From The Past – Paradigm » les réunit de nouveau. Stanko fut émerveillé alors de l’extraordinaire diversité de styles relevant de la tradition jazz que Garbarek parvenait à aborder avec son saxophone, passant avec une grande facilité du vocabulaire de Coleman Hawkins à ceux d’Albert Ayler et Archie Shepp, le tout avec « une gigantesque habileté technique ». « Nous autres musiciens, quand il nous arrive d’avoir ce type de capacités, nous avons tous tendance à en faire l’étalage », a un jour confié Stanko à l’écrivain Michael Tucker « Jan lui, fait tout le contraire. » Les propres disques de Garbarek, contrôlés dans leurs moindres détails, longuement mûris, reflètent parfaitement la façon dont ses pensées musicales peu à peu se distillent. Néanmoins, certains projets ECM donnent à Garbarek l’occasion de donner à entendre de façon plus spontanée la dimension plus ouvertement jazz de son jeu de saxophone. Les albums avec Peacock, Miroslav Vitous (« Star », « Universal Syncopations »), Kenny Wheeler (« Deer Wan ») ont magnifiquement mis en valeur cet aspect de son jeu. « Neighbourhood » appartient à cette catégorie de disques - bien que son titre évoque l’une des remarques de Garbarek les plus fréquemment citées : « On peut dire que j’appartiens à une « famille spirituelle » (« spiritual neighbourhood ») qui géographiquement se trouve éparpillée un peu partout dans le monde. » Dans le cas précis de ce disque, l’« éparpillement » géographique d’un orchestre à forte coloration slave s’avère très limité. Garbarek n’est-il pas lui-même à moitié Polonais ?

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Les compatriotes de Stanko, Wasilewski et Kurkiewicz n’avaient que 18 ans en 1994, lorsqu’ils débutèrent leur association avec le grand trompettiste. Ils ont participé ces dernières années aux disques unanimement appréciés par la critique internationale « Soul of Things » et « Suspended Night » et ont récemment enregistré leur propre album, simplement intitulé « Trio », qui à son tour a reçu un très bon accueil de la presse - Jazztime parlant à son propos d’ « une œuvre d’une grande quiétude riche de nuances exquises », tandis que Salon évoquait « le plus joli premier disque d’un trio pour piano enregistré depuis des années ». Jeunes musiciens ouverts aux potentialités créatives de la pop music, Wasilewski et Kurkiewicz ont grandi avec en fond sonore les innovations rythmiques de Manu Katché et c’est très naturellement qu’ils se sont mis à jouer en sa compagnie. Mieux même, ils se sont emparés de ses thèmes et les ont développé à leur manière, participant ainsi pleinement à l’élaboration d’un climat musical dans lequel chaque musicien serait susceptible de donner le meilleur de lui-même. Kurkiewicz s’insère avec fermeté dans les figures rythmiques de Manu tandis que Wasilewski accompagne avec éloquence le saxophone et la trompette, prenant à l’occasion d’exceptionnels solos.

Parmi les nombreux musiciens de jazz avec qui Manu Katché a joué se trouve le regretté pianiste Michel Petrucciani à qui ce disque est dédié. Un soir de concert, leur association leur avait notamment fait croiser la route d’un certain Jan Garbarek…

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