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Ndidi - Move Together

Et maintenant représentez-vous une femme à la chevelure brune, vêtue de satin et de tulle, dansant avec vivacité, perchée sur des escarpins rouges vernis. Une femme qui puise son inspiration dans l’amour et sa perte, autant que dans la poésie, les pierres tombales ou les bribes de conversations saisies au vol. Une femme complexe et énigmatique, d’origine nigériane et allemande, qui a passé son enfance en Colombie-Britannique, au Canada, à observer les grizzlys ¬et à trouver refuge, dès qu’elle le pouvait, dans son imaginaire.
Lorsque vous avez tout cela à l’esprit, prononcez ce nom : Ndidi Onukwulu. Ndidi. N-dee-dee. Et habituez-vous à lui car vous n’avez pas fini de l’entendre.
Move Together, le formidable premier album de Ndidi renferme l’essence de ce talent quasi mystique. Entourée d’une équipe d’excellents musiciens à la guitare, à la basse, au clavier, à la batterie et à la man¬doline, Ndidi chante des chansons qui doivent être écoutées avec attention, quelle que soit l’atmosphère dont elles sont teintes. Les paroles sont, pour la plupart, sombres et leurs évocations souvent étranges. Les sonorités sont très variées : chansons d’amour lentes et mélancoliques ou ballades, spirituals entraînants ou morceaux de big bands. Le tout entrecoupé de reggae, d’envolées de guitare surf et de bon boogie. L’ensemble ayant en commun une tonalité blues et cette voix en cascade, qui plonge et s’affirme sans chichi.
C’est un lien viscéral qui unit Ndidi au blues. Personne ne peut chanter le blues comme elle le fait sans l’avoir vécu dans sa chair. “Pour com¬prendre vraiment ce qu’est le blues, il faut avoir connu cette souf¬france qui s’incruste en vous sans que vous puissiez la chasser. Il faut continuer à avancer avec l’espoir qu’un jour cela ira mieux. Mais en attendant...” Elle hausse les épaules et sourit. “Eh bien, c’est le blues”.

Ndidi n’est pas avare de confidences. “Je n’ai pas de secrets”, confie-t-elle. Pour la comprendre il suffit de savoir que son père, un batteur nigérian, s’est séparé de sa mère, une ex-danseuse, lorsqu’elle était très jeune. Quand sa mère s’est remariée quelques années plus tard avec un membre de la police montée, Ndidi a vécu avec le couple, déménageant de petite ville en petite ville, subissant les regards et les murmures de gens qui n’étaient pas habitués à voir des fillettes métis¬ses empilant des vêtements de toutes les couleurs. Solitaire, la petite fille se réconfortait en lisant des romans à énigmes, en écrivant des poèmes et en jouant des pièces de théâtre (devant un public invisible) en pleine forêt.
“C’est alors que j’ai découvert la collection de disques de ma mère” se rappelle-t-elle. “C’était un véritable trésor”. J’ai tout exploré, de Billie Holiday, Bessie Smith et Big Mama Thornton à Leadbelly, Chuck Berry et Howlin’ Wolf en passant par (oh !) Tina Turner, Donna Summer et les Supremes - de l’époque de Diana Ross. “Tout cela, ajoute-t-elle avec enthousiasme, a influé ma musique”.
La mère de Ndidi, consciente des dons musicaux de sa fille, l’a inscrite aux concours régionaux de jeunes talents, qui se tenaient généralement dans les gymnases d’école, un peu partout, du sud au nord de la Colombie-Britannique.Alors que les autres enfants chantaient,généralement faux, des chansonnettes sucrées, c’est une chanson d’adieu, souvent entonnée lors de funérailles, Goodbye My Friend, que la petite Ndidi, âgée de huit ans, avait choisi d’interpréter, et cela avec la plus grande justesse. “Hilarant”, raconte-t-elle aujourd’hui, les yeux brillants.

Personne n’imaginait alors que Ndidi serait un jour comparée à des chanteuses comme Billie et Bessie ; et certainement pas Ndidi elle-même. En dépit d’une période très prolifique, après son placement en foyer d’accueil à l’âge de 13 ans, elle s’est concentrée sur l’écriture et le jeu théâtral, jusqu’à ce que, à l’âge de 20 ans, ses amis découvrent sa voix. “Du fait de mes conditions de vie instables, il a été nécessaire de prendre des mesures pour me protéger, ce qui m’a ensuite permis de développer et d’explorer mes capacités”, confie-t-elle.
“J’ai chanté l’un de mes poèmes au cours d’une soirée passée avec quelques camarades d’université et ils en sont restés bouche bée”, raconte Ndidi, qui a étudié le théâtre puis la musique et enfin la linguistique, avant d’arrêter ses études pour se rendre à New York. “Je n’avais pas conscience de mes capacités en tant que chanteuse. Je n’y avais même jamais pensé. Mais lorsque je me suis retrouvée à New York, j’ai commencé à chanter a capella sur le circuit de l’open mic, puis je me suis dirigée vers la scène hip hop à cause de mon look.”
Après une période riche en échanges musicaux, Ndidi Onukwulu a quitté New York pour Toronto, où elle se produisait avec un groupe de rock (“J’ai juste enfilé une paire de chaussures à talons en pensant à Tina Turner, qui est ma plus grande influence pour la scène”). Il s’agissait d’une formation aux influences rock indé et hip hop teinté d’électronique qui s’appelait Stop, Die, Resuscitate. “On s’est vraiment bien amusés et on a même enregistré un disque”, dit-elle en souriant. “Mais je ne faisais toujours pas ce que je voulais faire”.

Ndidi, qui écrivait des chansons de blues depuis ses premières années d’adolescence, s’est alors inscrite à un concours de chansons de blues, organisé par le Toronto Blues Society. Accompagnée du bluesman de Madagascar, Slim, lauréat du prix, et des vedettes réunies de Move Together (parmi lesquelles le guitariste de blues Steve Dawson, le producteur de l’album), elle a commencé à se produire dans des salles prestigieuses telles que le Massey Hall où se tient la cérémonie du Maple Blues Awards décernant le titre d’Artiste de l’année.
A côté des chansons traitant d’histoires d’amour et de séparations, la plupart des titres qui composent l’album Move Together mélangent réalité et imaginaire et s’inspirent de choses vécues ou rêvées.
“Une grande partie de mon inspiration me vient tout simplement en observant les gens. Je pense que c’est une façon de compenser : petite, j’étais terrifiée par les gens.” Et puis, il y a cette fascination pour les cimetières, qu’elle visite dès qu’elle en a l’occasion : “J’imagine la vie de ces gens à partir de quelques indices. Lorsque je regarde une pierre tombale, je me demande qui était cette personne, et ce qu’elle a fait de sa vie. Ensuite, je prends un bus et ce qui défile devant mes yeux m’inspire une chanson.”
Quel que soit le sujet ou la personne dont parlent ses chansons, Ndidi écrit à cœur ouvert. “Ma musique, indique-t-elle, est le reflet de ma vie”.

Finally Over You - Ndidi Onukwulu (Music Video) from Ben Badger on Vimeo.

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