PREMIER ALBUM SORTI LE 12 OCTOBRE 2009 - Dreyfus Jazz

Il n’y a pas vingt ans, en France, les musiciens de jazz tsigane et leurs amateurs étaient si peu nombreux qu’ils se connaissaient tous, d’une manière plus ou moins proche. Les temps ont depuis bien changé, et l’on ne peut que se réjouir qu’une musique aussi vivace rencontre aujourd’hui un succès phénoménal, sans avoir jamais — ou presque jamais — cédé à la facilité commerciale. Gloire en soit rendue aux grands « passeurs » entre anciens et modernes, où se distinguent des immenses musiciens comme Tchavolo Schmitt, Bireli Lagrene, Stochelo Rosenberg ou Romane, pour ne citer qu’eux. La nouvelle génération, où brille Rocky Gresset, ne démérite point de ces bons maîtres. Normal : dans la culture des Gitans, sans doute l’une des plus savantes de ce monde, l’élève sait que la plus belle forme de fidélité aux anciens, c’est de donner un futur à leur héritage. C’est la vraie modernité. A bientôt trente ans, Rocky Gresset a pris le temps de méditer tout ça. Contrairement aux enfants prodiges qui épatent la galerie en jouant vite et fort dès leur plus tendres années, lui s’est laissé le temps d’apprendre, de grandir, d’avancer. Un long parcours spirituel au sein des communautés évangéliques, à l’âge où d’autres jeunes gens affûtent leur adolescence sur des distractions autrement plus volatiles, lui a donné ce je-ne-sais-quoi de sûreté et d’humilité. Toute sa musique s’en ressent : une écoute superficielle peut laisser croire qu’il joue dans un style « classique » et conforme à l’orthodoxie djangophile. Mais Django ne fut jamais un orthodoxe en quoi que ce soit. Et Rocky Gresset, s’il reste fidèle à sa culture, développe un jeu d’une maturité stupéfiante. Aussi à l’aise à la guitare acoustique qu’à la guitare électrique, aussi original sur le répertoire des standards que sur ses propres compositions (dont certaines, comme « Pour toi », rappellent la folle liberté des « Improvisations » de Django), aussi sobre qu’aventureux, il prouve — et avec quelle classe — que le jazz, lorsqu’il est joué avec cette profondeur élégante, ne sera jamais une musique de répertoire.
Mais un art vivant, qui sait tout uniment la valeur du passé et la richesse du possible.














