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Biographie Ahmad Jamal

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Dernier géant du piano d’un genre qu’il préfère appeler
musique classique américaine que jazz, le légendaire pianiste et compositeur rend hommage à Marseille, la capitale provençale, sa mer multicolore et son port tourné
vers l’Afrique. Un symbole d’ouverture qui rime avec l’une des musiques les plus abouties d’aujourd’hui.

Un nouvel album du légendaire pianiste et compositeur Ahmad Jamal est toujours
un événement très attendu. Mais Marseille rayonne d’un enthousiasme particulier
car c’est une expression très personnelle de la sincère et mutuelle admiration qui
existe, depuis plus de six décennies, entre l’artiste américain, Chevalier de l’ordre
des Arts et des Lettres, et le public français.
Le titre qui donne son nom au disque est une lettre d’amour à la capitale emblématique du sud, dont le magnifique port et l’éblouissante lumière ont inspiré
de nombreux artistes et réalisateurs de cinéma au cours des années. Bien que
l’album commence avec l’interprétation instrumentale de ce morceau, c’est la
version vocale, avec une saisissante performance du rappeur français Abd Al Malik,
qui attire immédiatement l’attention, principalement parce que ce genre de
collaboration est un audacieux nouveau départ pour Jamal, âgé de quatre-vingtsix
ans. La ville y est un personnage exerçant une puissante emprise sur quiconque
parcourt ses rues et s’émerveille de ses nombreux monuments et de ses couchers de
soleil à la beauté picturale. La ville est vivante. La ville est tout sauf silencieuse. La
ville est intemporelle. Marseille, ta voix ne cesse de m’appeler Marseille, Marseille, ville d’éternité.
C’est à Jazz In Marciac en août 2016 qu’Ahmad Jamal a interprété ce titre en
avant-première mondiale. En invitant la vocaliste Mina Agossi et le rappeur Abd Al
Malik, Jamal a offert aux spectateurs du plus prestigieux festival de jazz français
deux versions inoubliables de cette nouvelle composition « Marseille », dont il a, pour la première fois, écrit les paroles traduites par Mina Agossi.
On retrouve sur l’album la version scandée par le flow du rap d’Abd Al Malik, artiste
complet, écrivain, cinéaste et poète, engagé contre l’illettrisme, et porteur comme
Ahmad Jamal, d’un islam réfléchi, fait de tolérance et de désir d’intégration. Quant
à celle de Mina Agossi qui ferme le disque, elle est sereine et relaxante, à la limite
de l’hédonisme. Jamal fournit à ces paroles une toile de fond superbement
évocatrice. Son choix d’accords soigneusement pesés et de motifs discrets qui
s’attardent, comme suspendus dans les airs à la manière des rayons du soleil en été,
est magistral.
Pour l’accompagner, on retrouve trois musiciens avec lesquels il a développé au fil
du temps une véritable télépathie musicale – le batteur Herlin Riley, le contrebassiste James Cammack et le percussionniste Manolo Badrena. Ensemble, ils forment une section rythmique à la fois réactive et assurée, chaque membre faisant sentir sa présence sans perturber le continuum rythmique minutieusement construit de la musique, qui possède une pulsation hypnotique, accentuée par une large variété de subtilités. L’ensemble est aussi convaincant sur le puissant Baalbeck que sur l’alerte et minimal Sometimes I Feel Like A Motherless Child, transformation
réellement surprenante de l’un des morceaux essentiels du répertoire de la musique
gospel. Pots En Verre est une délicieuse promenade sur un nonchalant groove 6/8
qui démontre la précision rythmique de Cammack, précieux membre des groupes
de Jamal dans les années 1980 et 1990 revenu au bercail, et de Riley, musicien
inventif qui s’est fait remarquer avec le géant du jazz américain contemporain
Wynton Marsalis. Sans parler de la richesse des textures créées par Manolo Badrena,
l’ancien membre du groupe pionnier de la fusion, Weather Report. Sa collection de
cloches, bongos, congas, bâtons de pluie et claves est utilisée brillamment pour
moucheter la musique de nouvelles couleurs et de subtiles polyrythmies. Le riche
canevas de timbres que Badrena tisse au sein des arrangements est une présence
aussi bien orchestrale que percussive.
La relecture de l’hymne Autumn Leaves (Les Feuilles Mortes de Joseph Kosma) souligne le pur génie d’Ahmad Jamal. Sur ce standard, tellement connu et enregistré qu’il est extrêmement difficile de l’imprégner d’une nouvelle signification, le pianiste ne joue aucun cliché. Il embellit tout du long la mélancolie innée du thème par de luxuriantes harmonies. Miles Davis, qui a apporté une contribution mémorable à la version de Cannonball Adderley de cette chanson en 1958, aurait sans nul doute été charmé par l’approche de Jamal. Le trompettiste était l’un des plus illustres admirateurs du pianiste, et sa célèbre déclaration sur la façon dont Jamal utilisait à la fois l’espace et la dynamique a grandement contribué à attirer sur celui-ci
l’attention du monde de la musique. L’histoire de la vie de Jamal et son parcours dans la musique, depuis sa ville natale de Pittsburgh, sont plus qu’étonnants. Enfant prodige, il a pris ses premières leçons de piano alors qu’il n’avait encore que sept ans. Jamal s’est d’abord largement concentré sur l’oeuvre du maître classique Franz Liszt avant de rencontrer le pianiste virtuose Art Tatum, l’un des pères fondateurs du piano jazz contemporain, qui l’a inspiré en tant qu’improvisateur. Musicien professionnel à onze ans, Jamal a formé des quartets puis des trios, et au bout d’une décennie, obtenu un succès monstre avec son album de 1958, Live A The
Pershing. Celui-ci a passé… cent huit semaines classé dans les charts et donné naissance au célèbre hit Poinciana. Pendant les quatre décennies qui ont suivi, Jamal n’a cessé d’enregistrer, explorant une vaste gamme de formations allant de groupes électriques à des ensembles de cordes, mais au cours des années 1980 et 1990, il s’est réellement imposé comme un maître du trio acoustique avec piano.
Les albums qu’il a enregistrés pour le label Birdology, notamment la trilogie The Essence, sont des classiques du jazz contemporain, et ce dernier disque, tout comme les récents Blue Moon et Saturday Morning qui ont inauguré sa
collaboration avec Jazz Village, confirment qu’Ahmad Jamal reste au sommet de sa puissance créative. Marseille est le joyau d’un maître musicien qui n’en dit jamais plus qu’il ne faut, mais toujours assez pour que le monde s’arrête
et l’écoute

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