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« ABRAÇAÇO »

Au début des années 70, les producteurs britanniques de Caetano Veloso ont convaincu ce dernier de jouer lui-même de la guitare sur ses albums. Jusqu’alors, il ne faisait pas assez confiance à son jeu pour l’immortaliser sur ses enregistrements, mais ils réussirent à le convaincre que sa « non-technique » était ce qu’il y avait de plus beau et de plus naturel pour ses chansons. Selon eux, plus que celui de tout guitariste professionnel, le jeu de Veloso conférerait à ces chansons si personnelles et autobiographiques la sincérité qu’elles requéraient. Ainsi, les albums « Caetano Veloso » (1971) et « Transa » (1972) furent les premiers à voir le singer/songwriter assumer le rôle de guitariste.
Il y a à peu près un an, voire légèrement plus, Caetano me confia qu’il avait l’intention de placer sa guitare au centre de son troisième album avec BandaCê. Pedro Sá (guitariste), Ricardo Dias Gomes (basse et claviers) et Marcelo Callado (batterie et percussions) travailleraient à partir des parties et du jeu de Veloso qui constitueraient à la fois le sujet et la matrice préalable à l’écriture des arrangements des « Transambas », « tranrocks » ou tout autre morceau figurant sur l’album. L’idée semblait appropriée étant donnée que les deux albums enregistrés lors de l’exil en Angleterre (et surtout « Transa ») sont la source de tout ce que Veloso et le groupe ont enregistré depuis 2006 – les albums « Cê » (2006), « Zii and Zie » (2009) ainsi que les live « Multishow Live – Cê » (2007) et « MTV Live - Zii and Zie » (2010).
« Abraçaço » vient clore la trilogie que Caetano a enregistrée avec BandaCê. Tout comme ses deux prédécesseurs, le disque a été produit par Moreno Veloso et Pedro Sá. Mais son thème s’est finalement avéré être plus large que celui originellement prévu par le chanteur. La guitare de Veloso est bien présente sur la plupart des chansons de l’album. Le titre du disque – une expression employée par Veloso pour terminer certains e-mails qui, selon lui, suggère non seulement une chaleureuse embrassade mais plus encore une embrassade plus générale, plus englobante – est emprunté à la chanson « Um Abraçaço » et renforce l’idée d’un concept plus large. « Abraçaço » apparaît dès lors comme le prolongement de l’adolescent « Cê » et du récent « Zii and Zie ».
« A Bossa Nova É Foda » ouvre l’album avec un coup (manière dont Caetano commence habituellement ses albums), la chanson évoquant João Gilberto. Plus qu’un simple guitariste ou chanteur, il est le « sorcier de Juazeiro », instigateur de la réinvention du Brésil. Le texte de Caetano parle d’un homme destiné à échouer qui parvient à devenir un champion d’art martial. En un certain sens, ces paroles évoquent également le discours de Jorge Mautner, qui voit le Brésil comme le créateur d’une « Coisa Nova », d’une source à laquelle la planète entière peut s’abreuver. Elles dialoguent également avec la théorie développée par Tom Zé selon laquelle notre pays a commencé en 1958 par exporter des matières premières, « la plus basse des activités humaines », avant de finir, la même année, grâce à l’innovation musicale de João Gilberto, par exporter de l’art dans le monde entier, « soit la plus haute expression des capacités humaines ».
« Funk Melódico » fait directement écho à « Miami Maculelê », un funk carioca que Caetano a écrit l’année dernière pour l’album « Recanto » de Gal Costa. Le texte emprunte tant à Noel Rosa qu’à Vinicius de Morais. Ce nouveau morceau est à classer aux côtés de chansons telles que « Não Enche » et « Odeio ».
« O Império da Lei » a été écrit après que Caetano ait regardé « Eu Receberia as Piores Notícias dos Seus Lindos Lábios », un film réalisé par Beto Brant et Renato Ciasca, à partir d’un roman de Marcal Aquino.
Sur le morceau « Um Comunista » (qui dure huit minutes et 36 secondes), Caetano mélange sa propre biographie avec celle du militant Carlos Marighella, tué par l’armée en 1969. « L’homme de Bahia est mort/J’étais en exil/ et j’ai envoyé un message/disant que j’étais mort/et qu’il était vivant/mais personne n’a compris./La vie sans utopie/Je ne comprends pas qu’une telle chose existe :/ c’est ainsi que parle un communiste ».
Sur « Cê » (comme sur « Recanto » de Gal Costa), toutes les chansons, paroles et musiques, avaient été exclusivement écrites par Caetano, sans aucune intervention extérieure. Sur « Zii and Zie » figuraient une collaboration avec Pedro Sá et deux reprises de classiques de la samba. Sur « Abraçaço », toutes les chansons sont nouvelles, mais on compte la participation de deux intervenants extérieurs.
« Parabéns » fait référence à un e-mail envoyé par le réalisateur Maura Lima (« Meu Nome Não É Johnny » et « Reis e Ratos ») à Caetano pour son anniversaire, il y a deux ans. C’est devenu le titre d’une chanson dont le texte est celui même du message. Aucun mot n’a été ni ajouté ni retranché. La musique devait figurer sur l’album de Gal Costa, mais elle ne convenait pas. Elle convient ici.
« Gayana » a été écrit par Rogério Duarte, l’un des fondateurs du mouvement tropicaliste, finalement mieux connu pour son travail en tant qu’artiste visuel (il réalisa la pochette des premiers albums de Caetano et Gil ainsi que l’affiche époustouflante du film de Glauber Rocha « Deus e o Diabo na Terra do Sol »). « Gayana » est pop par nature. On dirait l’une de ces chansons traditionnelles du carnaval de Bahia, avec un chant extrêmement doux. Caetano a découvert la chanson en regardant une vidéo que lui avait envoyé Duarte sur laquelle ce dernier interprétait lui-même le morceau en s’accompagnant à la guitare classique.
Musicalement, des chansons comme « Quero Ser Justo » et « Vinco » pourraient figurer sur n’importe lequel des albums de Caetano, passés ou à venir, caractérisées par l’intensité de leur texte et de leur musique. Quant à la chanson « Quando o Galo Cantou », on la découvre sous une forme épurée, guitare/voix/basse. BandaCê n’intervient que sur le refrain. C’est une chanson évoquant le moment qui succède à l’orgasme : « Qu’ai-je fait pour mériter la paix qu’apporte le sexe ? ». Encore plus intimiste, « Estou Triste » est l’une des descriptions les plus réussies de la dépression. Rien ne peut mieux exprimer le chagrin que des paroles comme « Pourquoi cela existe-t-il, quoiqu’on en fasse ? », « Je me sens vide et pourtant rassasié » ou encore « Ma chambre est l’endroit le plus glacial de Rio ». Personne ne serait capable de retranscrire si fidèlement cet état. La vérité du texte est si profonde, qu’elle ne saurait être autre qu’autobiographique.
Ce n’est sûrement pas une coïncidence, si le jeu de guitare de Caetano structure ces deux chansons, les plus sincères, personnelles et autobiographiques de tout l’album. Les producteurs anglais avaient on ne peut plus raison.


BIOGRAPHIE

Ce Bahianais né en 1942 à Santo Amaro, Bahia est un monstre sacré de la musique brésilienne, depuis ses débuts discographiques en 1965, il a autant fait pour la musique de son pays que les Beatles pour la Pop occidentale.

Qu’il lance de discrets clins d’œil au samba-reggae ou nous envoûte d’un très narquois rock’n roll, on ne se lasse pas des caressantes comptines de Caetano Veloso à la voix haute, vaporeuse et tremblée.
Chef de file du mouvement tropicaliste, qui devait rénover la musique populaire brésilienne (MPB), il s’impose au long des années comme l’un des artistes majeurs du Brésil contemporain, aux côtés de Chico Buarque*.

Fils d’un fonctionnaire de la poste, Veloso commence par chanter dans les bars, avant d’être critique de cinéma. Sollicité par le metteur en scène Guimaraes, il compose la musique du spectacle Boca de ouro. Caetano quitte Bahia pour s’installer à Rio où vit sa sœur, la chanteuse Maria Bethânia. Il lui écrit des chansons, chante en duo avec elle, puis participe au spectacle musical, "Arena canta Bahia", dirigé par le metteur en scène contestataire Augusto Boal, au sein duquel il fait la connaissance de ses futurs collaborateurs, Gilberto Gil et Tom Zé.

En 1967, il enregistre son premier album avec Gal Costa, Domingo, essentiellement un recueil de bossa novas à la manière de son maître, João Gilberto. L’année 1968 marque le début de sa période tropicaliste. Le collectif qu’il forme avec Gilberto Gil, Tom Zé et Maria Bethania publie l’album Tropicália ou Panis et Circensis, qui s’inspire à la fois des Beatles et de la bossa nova. Manifestes de ce mouvement rebelle, ses chansons "E proibido proibir" (détournement du slogan de Mai 68 "Il est interdit d’interdire") et "Divino maravilhoso" deviennent les hymnes de la jeunesse. Une provocation de trop pour les militaires au pouvoir, qui le font arrêter en 1969 avec Gilberto Gil. Après deux mois en prison, ils l’exilent à Londres. De retour au pays en 1972, Caetano reprend rapidement sa place au premier rang des provocateurs. L’œil peint, la taille souple, le verbe haut, Veloso compose un nombre incalculable de standards, s’accompagnant à la guitare au balancement de la bossa-nova.

En 1989, Estrangeiro marque une coupure : Caetano Veloso y dénonce la démesure sociale du Brésil, et il prolonge sa réflexion par Circulâdo, deux albums marqués par la présence du guitariste new-yorkais Arto Lindsay. Sur des textes percutants, il réussit un alliage de musique brésilienne et de rock avant-gardiste, repris dans Tropicalia II, conçu avec Gilberto Gil pour fêter vingt-cinq ans de tropicalisme. Sophistiqué, les tempes grisonnantes, Veloso revient sur l’histoire de l’Amérique latine en interprétant de vieilles ballades sud-américaines dans un album insolite et beau, Fina estampa. Artiste complet, auteur de recueils de poésie, peintre et réalisateur des vidéos expérimentales, Caetano Veloso est aussi découvreur de talents. C’est lui qui a relancé la carrière de l’accordéoniste et chanteur nordestin Luis Gonzaga, et qui a produit le premier disque album de la chanteuse soprano Virginia Rodrigues (Sol negro, 1997). Eternellement jeune, il a aussi transmis l’évanescente aura de son impérissable charme à son fils, Moreno, auteur d’un premier disque prometteur.

Biographie publiée dans le Guide Totem "Les Musiques du Monde" - Larousse

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