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Theodore, Paul & Gabriel

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BIOGRAPHIE

Si Crosby Stills & Nash avaient eu trois filles avec la divine et tragique Karen Dalton, elles se seraient appelées Théodore, Paul & Gabriel.

Tout le mystère et la grâce de Théodore, Paul & Gabriel, réside dans la conjonction inespérée de trois jeunes parisiennes qui revitalisent le folk rock avec la candeur des débutantes et le savoir-faire inné de celles qui sont prédestinées. L’histoire, quand elle commence, à presqu’un goût de déjà vu : la gare de Dartford en avril 62, un type a sous le bras un best of de Muddy Waters, un autre vient le brancher, et d’une conversation sur un quai pluvieux qui pue le fish & chips naissent les Rolling Stones. L’acte de naissance de Théodore, Paul et Gabriel ressemble fort à cet épisode légendaire : ça se passe dans un café qui jouxte Science Po. Pauline y suit assidument un cursus universitaire brillant, Clémence, de son côté, hante plus souvent le dit débit de boisson que les amphis, et puis ce jour là, une chanson de BB King passe à la radio (ce qui est déjà de bonne augure). L’une s’écrie « J’adore BB King » ! L’autre rétorque « moi, je sais la jouer à la guitare ! ». La première poursuit : « Moi aussi, alors rendez-vous chez moi demain à huit heures ».

Des reprises, elles passent à la composition, qu’elles pratiquent ensemble, brodant sur une idée de l’une des harmonies des autres, pour aboutir à ce premier jet mûri de chansons soyeuses et vaillantes. Sur la foi de ces pépites, et de prestations scéniques convaincantes dans l’univers modeste des groupes débutants, Theodore, Paul & Gabriel décroche le graal, un contrat d’édition avec Morgane Music, et de disque avec son pendant Belleville Records, deux nouvelles entités de production dont elles sont les premières recrues. Pierre Guimard (réalisateur de Lily Wood & The Prick, musicien de Keren Ann ou Aubert…) est enchanté d’assumer la production d’un premier EP annoncé pour l’automne 2011. On y trouvera entre autres “Silent Veil”, une mélodie toute en déchirure qui vous colonise les neurones dès la prime écoute. Un précipité à la fois sensuel et laid back du talent majuscule du trio, avec ces licks de guitares swamp à la JJ Cale et la voix anhydre de Clémence, enfin, de Gabriel. Mais aussi “Chasing The Sea”, une ode folk qui convoque la mémoire des muses du Laurel Canyon, Joni Mitchell, Jackie DeShannon ou Mama Cass. Ou encore “Taxi Driver”, qui cette fois en appelle aux mânes du Greenwich Village de Fred Neil ou Robert Zimmerman. Enfin “Walk Away René”, seule reprise du lot, n’est pas là par hasard. L’hymne de The Left Banke (1966), magnifié par les Four Tops en 1967, a donné son nom au nouveau film du réalisateur indépendant américain Jonathan Caouette (Tarnation). Présenté à Cannes, le film inspiré librement de la chanson ne la comportait pas lors de sa projection à Cannes. Depuis, Caouette en a entendu la version de Theodore Paul & Gabriel, et l’a incluse dans sa version finale du film qui atteindra les écrans en octobre.

Theodore, Paul & Gabriel, trio de lianes élégantes et délicatement rétro, affichant une androgynie féminine naturelle, insuffle un air nouveau dans la musique hexagonale, un folk rock pétri de références mais en même temps libre, innocent et sexy. Une formule qui va à l’encontre des formats préétablis, des clichés et du convenu, dont la force réside dans le style, un glamour de proximité et surtout des chansons boisées et organiques. Des chansons assez solides, assez touchantes, et assez vraies pour que ces trois filles qui les ont enfantées s’en servent de piédestal pour aller tutoyer l’excellence d’un héritage éternel, celui de la musique qui vient de l’âme.

Jean-Eric Perrin


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